- Historique
- Les premiers brevets
La carte à puce n’est pas tout à fait une invention française. En effet, en 1974, à 15 jours d’intervalle, deux brevets sont déposés, l’un en France par le médiatique Roland Moreno, l’autre en Allemagne par Jürgen Dethloff. Ils décrivent tous les deux un système plaçant " une puce à l’intérieur d’un support mobile ". Cependant, l’exploitation de ces brevets est complètement différente d’une part et d’autre du Rhin.
Dethloff a ainsi confié la gestion de son brevet à un industriel, Giesecke & Devrient, alors imprimeur fiduciaire, et sa stratégie était bien d’industrialiser des produits, comme cette carte de certification bancaire émise peu après par G&D, avec comme priorité principale la sécurité. Cette industrie sera soutenue par Deutsche Telecom.Telekom.
Le très médiatique Roland Moreno, par contre, en créant la société Innovatron avec l’aide stratégique de Jean Moulin, avait pour simple vocation de tirer le maximum d’argent de ses brevets. En ajoutant à cela le support politique de l’époque par le biais de France Télécom, qui participait au dynamisme du Minitel, de la DGT, et de la technologie française, on comprend mieux la méfiance et la tiédeur dont ont pu faire preuve les autres pays. Encore aujourd’hui, nous pouvons voir que la norme européenne de carte à puce, en cours d’élaboration, se fonde davantage sur la norme allemande que sur la norme française
En parallèle, à ces concepts déposés de la carte à puce, Bull CP8 ajouta sa pierre avec le brevet de microprocesseurs autoprogrammables (c’est-à-dire qui écrivent des instructions dans leur propre mémoire pour les exécuter ensuite), les SPOMs, mais l’entreprise n’est pas parvenue à l’exploiter, par ses lacunes marketing et commerciales. Des tentatives de rapprochement entre G&D et Bull ont été lancées au sujet de la carte à puce, mais les conditions de Bull étaient inacceptables pour G&D.
Industrialisation
Le lancement de la carte à puce est difficile : personne n’y croit. La première puce SPOM fabriquée en 1980 par Bull et Motorola resta en effet assez ignorée.
Ce climat de méfiance explique qu’en 1983, France Télécom a beaucoup de mal à trouver un industriel qui accepte de produire ses puces. Après avoir prospecté sans succès les Etats-Unis et le Japon, France Télécom trouve enfin une entreprise pour fabriquer ses premières télécartes : ce sera Eurotechnique, joint-venture soutenuela volonté à l’époque par la volonté du gouvernement de Giscard de favoriser une industrie micro-électronique,micro-électronique (cette joint-venture fut ensuite absorbée dans ST Microelectronics..Microelectronics).
L’accélération a lieu en 1987, lorsque les quantités produites pour France Télécom et Deutsch TelecomTelekom commencèrent à être importantes ; d’autres acteurs entraient aussi en jeu, comme Siemens avec Infineon, ou encore au Japon OKI, Hitachi et NEC
Evolution technologique
Les cartes à puces ont évolué en 20 ans des technologies EPROM 3 microns, à des technologies FLASH 0,35 micron. Rappelons qu’une telle carte n’a que quelques centaines d’octets de mémoire. Prenons par exemple la télécarte, qui ne contient que 90 bits de mémoire. Pour une telle puce, même avec des quantités très importantes, il ne faut pas beaucoup de plaques de silicium pour une année de production, ce qui n’est pas sans poser d’importants problèmes de design : il n’y a pas le droit à l’erreur. Notons que cela été par exemple un des problèmes rencontrés lors de l’élaboration de cartes sans contact. Les cartes à puces doivent aussi satisfaire à de fortes contraintes, mécaniques et thermiques.
Topologie des cartes à puces
Le démarreur : les télécartes
En 1988 s’opère l’envolée du marché de la carte à puce grâce à la télécarte. Avec des moteurs comme France Télécom, Deutsche Telecom,Telekom, Telefonica, les télécartes sont utilisées par millions, pas moins de 100 millions de télécartes par an pour France Télécom(a vérifier) et s’exportent aussi très bien en Amérique Latine et en Asie, avec par exemple plus de 200 millions de cartes par an pour la Chine.
C’est dans ce contexte que se créée Gemplus, qui a été la première société fondée uniquement autour de la carte à puce.
L’accélérateur : la carte SIM
Le succès de la technologie GSM est providentiel pour le marché de la carte à puce : la carte SIM est en effet adoptée pour identifier le client, et donne un fantastique coup d’accélérateur à la production de cartes à puces. Ce système de carte SIM permet aux opérateurs de mettre en place une certaine dualité matériel / abonnement.
Parallèlement nous assistons à une petite révolution dans la tête des entreprises utilisatrices de la carte à puce : en effet, elles comprennent que la carte est un lien très fort avec le client. Contrairement à la perception précédente, qui assimilait une carte à un coût, l’équation devient : 1 carte = 1 revenu.
La déception : la carte bancaire
Comme vous avez pu le constater, nulle part ne sont mentionnées les cartes bancaires françaises. En effet, en quantité il s’agit complètement d’un épiphénomène : en France, 20 millions de cartes, renouvelées tous les 2 ans.
Les cartes bancaires équipées de puces ont démarré principalement en France et en Allemagne. Elles ont par contre rencontré une forte réticence aux Etats-Unis, peut-être à cause d’un Business Model inadapté (la carte à puce était très utile dans un contexte partiellement offline, où toutes les bornes n’allaient pas être connectées, inadapté.mais les Etats-Unis bénéficiaient déjà de réseaux efficaces et bon marché). Cependant, avec le fort niveau de fraude actuel, les réseaux VISA et Mastercard envisagent de déployer les cartes à puce, avec cette question très simple en tête : " La fraude nous coûte un francdollar par an par client, que nous proposez-vous pour 50 cents. "cents ? "
Le reste est complètement marginal
Il existe encore beaucoup d’autres utilisations de la carte à puce : sécurité sociale, réseaux de télévision payants (TPS, Canal+, BSkyB vecBskyB, SkyTV,…), cartes de sécurité sur Internet,…Internet, etc. Aussi importantes puissent elles paraître, elles ne sont en fait que marginales de par leur quantités produites.
Visions d’avenir
- Les technologies
La révolution ne vient pas directement du matériel, mais du logiciel, avec l’apparition des " OS Ouverts ". Par OS Ouvert est entendu un système contenant les fonctions de bases, sur lequel il est possible de rajouter des applications. Il est important de noter que la principale différence est de pouvoir changer les fonctionnalités après la création de la carte.
Il en découle un changement radical de business : " J’ai 600 millions de clients qui utilisent ma carte, voulez-vous mettre votre application ? "
- Les métiers futurs
- Fournisseurs de hardware
Une carte à puce sera estimée à 5% de hardware et 95% de services. Pour fournir le hardware, le fournisseur aura deux options :
- petit, pas cher, astucieux, comme par exemple des marqueurs pour remplacer le code barre.
- très puissant, sans contact, misant sur l’intégration de fonctionnalité, avec comme idéal " l’objet personnel qui ne me quitte pas et qui fait tout ".
Cependant, la concurrence est rude : le marché se banalise, les marges sont faibles, et pour diverses raisons de stratégies politiques et de coûts, les productions sont délocalisées.
- Logiciels et applications
Ce n’est pas un hasard si en 1999, Gemplus créait une division Gemplus Software, mais bien pour répondre à ce nouveau besoin d’intelligence de la carte à puce, en particulier dans la gestion de la plate-forme client. Même si ce business a subit un sévère coup de frein après la fin de la bulle technologique, tout semble indiquer qu’il n’est pas mort. Les débats semblent même plutôt s’articuler autour de la question " le support de demain sera t‘il sera-t-il la carte SIM ou la carte bancaire " plutôt que de remettre en cause l’existence de ce marché.
La concurrence est en effet plus présente que jamais, avec de très gros acteurs comme Microsoft, Sun, IBM et HP qui s’y intéressent de près.
Conclusion
Cette technologie semble encore avoir de beaux jours devant elle, et la sanction actuelle des marchés ne semble pas fondée. Notons par exemple quatre grands futurs axes de développement :
- dans les applications informatiques,
- dans l’utilisation de cartes à puces pour stocker du contenu,
- dans le commerce,
- dans les communications.
Questions
- Cartes sans contacts
Le système actuel, qui nécessite l’insertion de la carte à 6 broches dans un lecteur est complètement anachronique, et inadaptée à certaines utilisations.
Dans le domaine des transports en commun par exemple, les impératifs de rapidité de passage rendent l’utilisation d’une technologie de carte à puce à contact impossible. Cependant, les sociétés de transports aimeraient pouvoir profiter de la carte à puce comme relation privilégiée avec ses clients, pour proposer des tarifs sur mesure, par exemple un prix variable en fonction des horaires, pour pouvoir optimiser ses flux de passagers (cette possibilité a été gommée par la généralisation de la carte orange, qui met tous les itinéraires au même prix à toute heure). Pour avoir un ordre d’idée de l’importance de ce marché, il n’est pas inutile de rappeler que près de deux tiers des transactions journalières, en nombre, concernent les transports. Ces cartes rejoignent l’idée de " porte-monnaie électronique ".
Le coût de mise en place est limitant, particulièrement à des endroits comme Pekin oùPékin où la traversée de la ville coûte 1 centime, mais la motivation marketing est forte.
Actuellement les technologies utilisées sont des cartes passives, c’est à dire sans batteries, recevant leur énergie par induction, communiquant par des liaisons fréquences.en les passant à faible distance de la borne. Ces cartes ne sont pas simples à faire, d’où leur relative faible présence sur le marché actuel.
Cependant avec de nouveaux brevets sur des batteries ultra plates, il devient envisageable de créer des cartes autonomes, qui seraient donc moins dépendantes des conditions extérieures et d’utilisation (vitesse, distance par rapport au lecteur,…), et donc plus facile à réaliser.
- Quel avenir pour l’authentification sur PC ?
La carte à puce est une solution. Parmi les solutions, c’est même une bonne solution, car elle permet l’indépendance du porteur de la carte et du hardware utilisé.
Cependant, on ne doit pas concevoir cette solution uniquement sous la forme d’une carte rectangulaire plastique insérée dans un lecteur de carte branché sur USB. Elle pourrait par exemple être insérée dans un objet d’utilisation courante, comme une montre, ou pourquoi pas un Palm, qui communiquerait par Bluetooth avec le PC lors de l’authentification. Quel que soit la solution technique envisagée, elle reste toujours basée sur le concept de la carte SIM, identifiant l’utilisateur et l’affranchissant de son matériel.